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<La Vision oscillante, d'une vitesse a l'autre>
 
 
 

Ecrit par LEE Min

 

 
Introduction

La ville moderne se prete particulierement bien au regard du ≪ flaneur ≫, celui si bien decrit par Baudelaire et auquel Walter Benjamin 1) a donne des lettres de creance methodologique. Elle se presente comme un champ visuel riche en codes de toutes sortes et qui ne se laisse dechiffrer qu’a partir d’une accumulation de regards, ce qui implique une mobilite dans la ville et un ≪ hasard qui fait bien les choses ≫. La ville moderne est celle de la circulation, de la rapidite, devenant alors le lieu d’un jeu visuel et corporel.
En sen sens, la video est l’instrument favori du flaneur devenu urbain. L’œil de la camera video recherche des sensations nouvelles. La video aide a saisir des moments, a adopter de nouveaux angles de vue, sa vision est constituee d’un pivotement perpetuel, d’une realite a l’autre. La camera devient l’œil possible d’un nouveau mystique.
S’il en est ainsi, comment la camera video va-t-elle permettre ce nouveau regard ? La structure imaginaire du regard peut-elle etre reproduite par la video ?

Dans mon film, un personnage marche dans un paysage urbain a Paris, portant un miroir sur son dos, du milieu de la journee a la nuit. Le miroir a ete deplace ici de sa place habituelle sur le corps d’un homme. Cela cree un jeu narcissique subtil du fait du reflet de la filmante ou des passants qui se produit dans ce ≪ miroir-mouvant ≫. Le miroir se presente ainsi en tant que prolongement de l’œil. Le regard est inverse, retourne a 180°. Brunelleschi rendait compte, lors de son experimentum florentin 2) , d’un dispositif scenique permettant la rencontre du ≪ point de fuite ≫ inscrit dans la porte du Baptistere et du ≪ point du sujet ≫.
Le dispositif interessant de la scene se situe au niveau de la complexite du miroir. Il instaure la possibilite d’un renversement de la vision, comme si le miroir divisait la rue en deux, ne cessant d’echanger sa place avec son reflet. Cet espace de reflet produit par cette etrange ouverture donne a voir une certaine sensation de la vitesse ≪ comme [quand] on regarde par une portiere 3) ≫.
Paul Virilio a mene une reflexion tout a fait feconde sur la question de la vitesse et sur ses effets en relation avec les nouvelles technologies ainsi que sur le fait que le reel se percoit de plus en plus a partir d’un point de vue en mouvement, selon des vitesses plus ou moins rapides.

Dans mon film, deux vitesses differentes se manifestent ; l’une est la vitesse du reel, qui est liee a la marche entre filmant et filme, et l’autre est la vitesse de l’image dans le miroir. L’oscillation perpetuelle entre les deux est ici le phenomene capital que je me propose d’examiner.
Ces images, que captent-elles ? Quelles sont les operations de montage qui ont du etre faites dans ce film et quel en est le resultat, du debut a la fin du film, y compris lors du passage du jour a la nuit ? En quoi consiste le fait que la vitesse de la lumiere semble se mettre a changer la nuit dans le miroir ? Quelle image forte ressort de cette exploration ? Quelle est la nouvelle vision ainsi permise et comment une telle vision s’est-elle mise en place ?
Comment advient, enfin, l’œuvre dans le deroulement du processus artistique au cœur de ce qui releve du poietique ?

Mes questions serons posees dans la perspective d’elucider le sens de ma demarche et avec le souci de justifier la mise en relation de ma production artistique avec mes approches reflexives theoriques pour parvenir a tisser une trame de la vision dans les trois parties telle que je puisse conduire a un examen poietique de ce travail. Puis j’examinerai les recherches d’artistes qui ont travaille sur ces relations : La flanerie d’Ange Leccia, Walking a Straight Every Half-Mile de Richard Long, Deplacements de miroirs de Robert Smithson, Body Press de Dan Graham, Ancient of Days de Bill Viola, Celui qui a vu passer les elements blanc de Marie Jose Burki et Hiver (La Mort de Robert Walser) de Thierry Kuntzel.

 


1. Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siecle, Le Livre des Passages, Paris, Cerf, 1989
2. Hubert Damisch, ≪ L’≪ origine ≫ de la perspective ≫,
Macula, dec. n°5/6, 1979
3. Paul Virilio, Esthetique de la disparition, Paris, Galilee, 1989, p.68

 

download.pdf (memoire en francais 불어원문)